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Est-il possible de prévenir ou de retarder la maladie d’Alzheimer ?

Une question à laquelle le Professeur Jean-Pierre Michel (en photo - Hôpitaux universitaires de Genève) répond par l’affirmative après une analyse de la littérature existante prenant en compte nombre d’études épidémiologiques et de méta-analyses. « La grande nouveauté, c’est de faire très attention à mi-vie ; tenir compte des facteurs de risque à mi-vie et les traiter sérieusement à cette époque », souligne le Pr Michel.

A l’occasion des premières Rencontres franco-québécoises le 24 octobre à l’Académie Nationale de Médecine (Paris), le Pr Jean-Pierre Michel a effectué une série de recommandations pour prévenir ou retarder la maladie d’Alzheimer :

●« Essayer d’avoir la meilleure réserve cérébrale possible ».
●« Faire une activité physique régulière ».
● Avoir une alimentation de type méditerranéen, sans oublier les bienfaits d’une légère quantité d’alcool.

●« Corriger les facteurs de risque » modifiables.

Les facteurs de risque sur lesquels on peut agir
Identifiés pendant la dernière dizaine d’années, leur présence à mi-vie signe un risque accru de démence et de maladie d’Alzheimer. Le tabagisme, l’obésité, une alimentation grasse, l’hypercholestérolémie, et l’hypertension artérielle, sont des facteurs de risque importants à prendre en charge sérieusement à mi-vie, fait valoir Jean-Pierre Michel.
Ainsi, d’après une étude récente d’un suivi de 23 ans sur une population multi-ethnique, les personnes fumant plus de 2 paquets de cigarettes par jour ont un risque de maladie d’Alzheimer X 2,5.
Citons également une étude finlandaise démontrant qu’un indice de masse corporelle élevé (> 30) est associé à un risque de démence X 2, de même pour une pression artérielle systolique non contrôlée > 140, ou une hypercholestérolémie ; trois facteurs additifs (leur combinaison conduit à une multiplication par 6 du risque de démence), et confirmés par de nombreuses études.
Ils viennent s’ajouter aux facteurs de risque bien connus que représentent l’âge, le sexe féminin, les antécédents familiaux, l’apoE epsilon 4, rappelle le Pr Michel ; ainsi qu’à ceux liés à des pathologies (dépression majeure, traumastisme crânien, hyper- et hypo-thyroïdisme, fibrillation auriculaire, et diabète).
S’additionne aussi la notion de plus en plus importante de réserve cérébrale : un quotient intellectuel relativement bas et une éducation de courte durée (peu d’années d’études) sont des risques reconnus de maladie d’Alzheimer.

Quels facteurs protecteurs ?
Le Pr Michel en définit quatre types :
►Une influence génétique : être homozygote pour le gène de apoE epsilon 2.
►Côté alimentation, avoir un régime de type méditerranéen, et une consommation modérée d’alcool (risque de maladie d’Alzheimer diminué d’environ 40% récemment mis en évidence).
►La réserve cognitive permet de retarder la manifestation de la maladie.
Un niveau éducatif élevé peut diminuer de 47% le risque de démence, et un QI très important de 42%. De grandes responsabilités professionnelles avec des équipes à diriger conduisent également à une réduction de risque, et de façon intéressante la quantité de loisirs intellectuels joue aussi un rôle protecteur.
►L’activité physique peut être un traitement préventif, d’après une première méta-analyse venant de démontrer son action sur la maladie d’Alzheimer, qu’elle soit pratiquée de façon modérée ou plus intense (risque réduit d’environ 35%).
Il s’agit d’études d’observation donc d’associations observées et non de risques démontrés, nuance le Pr Philippe Amouyel, président de la séance (professeur d’épidémiologie CHU Lille ; Directeur général Fondation Nationale de Coopération Scientifique sur la maladie d’Alzheimer et les affections apparentées). Seules des études d’interventions pourront apporter des réponses claires.
Pour la plupart les recommandations du Pr Michel vont dans le sens de la conférence de consensus des NIH américains dont les conclusions demeuraient néanmoins plus réservées quant à la qualité des preuves (1).


Source : Premières Rencontres franco-québécoises, 24 octobre 2011 Académie Nationale de Médecine (Paris). Présentation du Pr Jean-Pierre Michel.
Photographie : Académie nationale de Médecine, avec nos remerciements à Nicole Priollaud.

Dominique Monnier, le 31 octobre 2011

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